1.3.2 - De nombreuses pressions sur la ressource exploitée et les habitats

Quelques chiffres
En France, l'étude Bva/Ifremer a démontré qu'en moyenne un pêcheur récréatif prélève environ 10 kg de poissons par an. Le tonnage des 5 espèces principalement pêchées en 2005 représente à lui seul un prélèvement total de 15540 tonnes. Néanmoins, il faut rester prudent quant à ces données car elles constituent une moyenne nationale et n’illustrent pas les différences de quantités prélevées entre chaque site, la pression sur la ressource étant parfois très conséquente sur un site donné, ou inversement.

Un réseau trophique caractérise l'ensemble des relations alimentaires entre espèces existantes au sein d'un écosystème et leurs différentes fonctionnalités écologiques (producteurs, consommateurs et décomposeurs), écosystème au travers duquel circule l'énergie indispensable sous toutes ces formes à la survie des espèces.

Les traits d’histoire de vie sont les différentes caractéristiques propres à chaque organisme (âge et taille à maturité sexuelle, effort de reproduction, taux de croissance, etc.) et qui influent sur sa valeur sélective ou fitness (via leurs effets sur la fécondité et la survie notamment).

mise à jour: 08/04/2013

 

Prélèvement de la ressource

Espèces non cibles

Habitats

 

De manière générale, le paradigme statuant que la pêche récréative n'a pas ou très peu d'impacts sur les écosystèmes est une vision qui a beaucoup évolué. En effet, il est actuellement constaté que toute pêcherie, professionnelle ou de loisir, a le potentiel d’induire des conséquences sur l’environnement ; les prélèvements sur la ressource peuvent être similaires aux prélèvements effectués par la pêche professionnelle, voire supérieurs dans certains cas. Il est courant de considérer les interactions de la pêche récréative de manière isolée plutôt que d'observer les effets cumulés. Or, la pêche de loisir se caractérise généralement par un faible taux de prises mais un très grand effort de pêche (« high effort and low catchability »), contrairement à la pêche professionnelle où les taux de prises sont élevés(dans la limite des quotats) mais le rendement différent, les pêcheurs professionnels étant moins nombreux que les amateurs (« high catchability and low effort »). De par le nombre élevé de pratiquants qu'il peut y avoir sur un site à un moment donné ou à l'année, les pratiques de la pêche de loisir peuvent également exercer des pressions sur les espèces non cibles et les habitats.

Prélèvement de la ressource

La principale pression exercée par les pêcheurs amateurs est la capture des espèces ciblées, qui, en conjugaison avec les interactions d’autres activités (notamment la pêche professionnelle), peut conduire à la surexploitation de certains stocks.
Pour la plupart des pratiques, c'est souvent le manque d'information (sur les tailles ou poids minimaux de captures) qui provoque des prélèvements excessifs ou illégaux. La notion de « consommation familiale » étant très floue, il est parfois observé des pratiquants ramenant des quantités pêchées extrêmement importantes.

De manière générale, la surexploitation des espèces et les stress occasionnés durant l'exercice de la pêche amateur entraînent des effets directs et/ou indirects, notamment sur l'ensemble des peuplements ciblés. En effet, la capture d'un ou quelques individus peut perturber les réseaux trophiques et la structure des peuplements, d'autant plus si l'espèce ciblée joue un rôle clé dans l'écosystème. Une pratique excessive de la pêche de loisir peut entraîner un effet cascade, avec des différences dans la composition spécifique d'un assemblage marin local. De plus, tout comme pour la pêche professionnelle, la pêche récréative peut potentiellement induire à long terme une sélection spécifique dans les communautés. En effet, les pêcheurs amateurs se concentrant majoritairement le long des côtes, les individus les plus gros de certaines espèces qui migrent dans les rivières au printemps sont plus facilement pêchés, ce phénomène occasionnant une perturbation du cycle de vie naturel des individus. Cependant, il est encore difficile à l'heure actuelle d’étudier les conséquences des changements de traits d'histoire de vie induits par la pêche récréative sur des espèces bien ciblées, car cela nécessite la mise en place de suivis scientifiques annuels sur le long terme.

La surexploitation de la ressource de manière générale peut également induire d'autres conséquences sur les espèces ciblées, comme la perte de diversité génétique (due à la réduction de la densité d'une population ou encore à la disparition des plus gros individus), le remplacement des mécanismes compensatoires par des processus de dépense ou encore des troncatures dans l'âge et la taille de distribution des espèces ciblées (notamment en impactant le temps de reproduction et le recrutement). De plus, les gros individus (les plus ciblés) sont souvent les plus âgés, individus qui produisent les oeufs les plus gros et qui ont le plus de chances de survivre.

 

Pêcheurs à pied dans un champ de blocs.
© Elodie Maison

Afin de réduire la pression exercée sur certains secteurs et sur certaines populations, une pratique nouvelle tend à se démocratiser : elle consiste à relâcher les poissons pêchés vivants directement après la capture. Appelée « catch-and-release » ou encore « no-kill », cette technique est présumée ne produire aucun dommages sur les populations. Cependant, plusieurs constats et études montrent que les taux de mortalité après la remise à l'eau varient grandement (entre 0 et presque 100%) et de nombreux stress s’opèrent durant le temps entre la capture et la remise à l'eau, comme l'exposition prolongée à l'air libre. Pendant la remontée du poisson dans la colonne d'eau quand il est capturé, les différences de pression qu'il subit peuvent perturber sa physiologie et causer des « barotraumatismes » (notamment au niveau de la vessie natatoire). D'autres conséquences sont observées, même si cela reste très anecdotique : pêcher un mâle dans sa frayère peut conduire à l’abandon de celle-ci et potentiellement à la mortalité totale de sa progéniture ; s’il est relâché plus loin, les autres prédateurs auront le temps de tuer les alevins. De même, l’individu pêché est rendu plus vulnérable à d'autres prédateurs s’il est relâché dans un environnement inapproprié.

Enfin, les engins de pêche utilisés peuvent causer de graves lésions physiques externes sur l'individu ou des infections bactériennes l'handicapant par la suite s’il survit à sa remise à l'eau.

La chasse sous-marine est quant à elle une pratique dite « sélective », chaque cible est sélectionnée individuellement, évitant ainsi les prises accessoires. Le chasseur peut également estimer la taille de sa prise potentielle, permettant ainsi de ne pas pêcher en dessous des mailles biologiques préconisées. Les études réalisées jusqu’à présent en France ne démontrent pas de surexploitation de la ressource par la chasse sous-marine. Cependant, comme toute pratique de la pêche de loisir, elle nécessite un encadrement précis afin d’éviter le prélèvement de gros individus ou de certaines espèces protégées, ou encore sa pratique dans des zones où elle est interdite. Néanmoins, certains auteurs mettent en avant la pression que peut exercer cette pratique sur le potentiel reproducteur des espèces de poissons vivants dans les habitats rocheux le long de la côte Méditerranéenne (particulièrement ceux à longue longévité et faible croissance, ainsi qu'à faible potentiel reproducteur). De même qu'ils supportent le fait que la chasse sous-marine peut induire des changements dans la structure trophique et dans la vulnérabilité intrinsèque des taxons des prises. La chasse sous-marine est interdite dans certaines aires marines protégées, comme par exemple au sein du Parc national de Port-Cros ou de la réserve naturelle de Cerbère-Banyuls.

Espèces non cibles

De manière générale, la pêche de loisir peut interagir sous diverses formes avec les espèces non ciblées. Une pêche non sélective peut entraîner le prélèvement de « prises accessoires », soit à cause d'engins statiques comme les filets ou les casiers (même si ce sont des engins sélectifs qui causent peu de perturbations sur les communautés benthiques) ou plus communément des lignes et des palangres. Ces dernières, en particulier la palangre, sont des engins qui ne ciblent pas toujours une espèce en particulier et peuvent capturer soit des individus en dessous des tailles minimales de captures, soit des espèces non cibles, par exemple les oiseaux marins qui tentent de gober les appâts ou les leurres fixés sur les hameçons. Quand ce dernier est avalé, l'oiseau est entraîné vers le fond lors de la descente de la palangre et noyé. Cependant, il existe très peu d'études à l'heure actuelle permettant de mieux mesurer ce phénomène, qui concerne également les tortues et les mammifères marins.
 

Matériel de chasse sous marine.
© Elodie Maison

D'autres interactions existent avec les espèces non cibles, par exemple lorsque les pêcheurs utilisent des appâts vivants. Pour ce faire, ils prélèvent dans les sédiments en bord de plage des quantités parfois considérables d'invertébrés qui jouent un rôle important dans les communautés benthiques, ce qui peut conduire à la réduction de la biodiversité locale mais aussi à la dégradation des habitats de ces invertébrés. De même, les pêcheurs utilisent parfois des espèces exotiques dont les individus peuvent être relâchés dans l'environnement, introduisant de nouvelles espèces dans le milieu.

Enfin, la pêche de loisir peut être à l'origine de l'accumulation dans l'environnement et dans les individus des plombs de pêche utilisés par les pratiquants et qui peuvent être responsables de forts taux de mortalité dans les peuplements de poissons et d'oiseaux par intoxication. La perte de certains engins de pêche dans l'environnement (lignes, filets etc.) peut mener à des étranglements ou à des captures accidentelles permanentes (« ghostfishing »), ce phénomène étant plus rare néanmoins pour la pêche récréative.

Enfin, des pressions moins directes concernant l'ensemble des activités nautiques et donc la pêche de loisir peuvent s'exercer sur la faune d'un site en général, comme la fréquentation du site (à pied ou en bateau) et le dérangement qu’elle peut occasionner sur les populations.

On constate toutefois qu'il existe assez peu d'études scientifiques sur ces interactions, Il est donc nécessaire de mettre en oeuvre des études plus approfondies pour évaluer efficacement les conséquences sur les écosystèmes.

Habitats

Les différentes pratiques récréatives de la pêche maritime peuvent interagir avec les habitats où vivent les espèces ciblées par ces activités. En effet, en fonction des techniques et engins de pêche utilisés, la pêche de loisir peut induire plusieurs types d’interactions avec le milieu. Bien que la pêche de loisir soit considérée comme causant moins de dégradations sur les habitats que la pêche professionnelle, sa pratique sur des espaces restreints et fortement fréquentés peut provoquer des dégradations localisées. Cela est d'autant plus vrai pour la pêche à pied qui peut allier par endroits la surfréquentation avec l'usage d'engins destructeurs, ce qui peut par exemple provoquer unchangement de la couverture végétale (perturbant ainsi toute la chaîne trophique) à cause du piétinement répété ou du retournement des pierres.

Ces interactions peuvent être particulièrement destructrices pour des habitats très sensibles et particuliers comme les herbiers de zostères, les récifs d'hermelles ou les banquettes à Lanices à forte productivité. Un des habitats les plus étudiés actuellement en France sont les « champs de blocs » présents en Bretagne, qui subissent le retournement des rochers par les pêcheurs qui cherchent les espèces vivant en dessous.

Tout comme les autres usagers du littoral, les pêcheurs de loisir peuvent également affecter les habitats littoraux quand ils se créent des chemins pour rejoindre un site de pêche, ceux-ci pouvant changer ou détruire les communautés floristiques proches du bord ou des habitats marins littoraux.

Malgré son caractère sélectif, la chasse sous-marine peut aussi exercer d’autres types de pressions sur les habitats fréquentés, comme la dégradation des organismes fixés avec les contacts du chasseur sur le substrat (coups de palmes, contact des mains). Néanmoins, les pêcheurs sous-marins se déplaçant souvent seuls, ces pressions peuvent être considérées comme négligeables.

 

Ancrage dans un herbier de Posidonie
© Mathieu Foulquié, ADENA

La pêche embarquée peut quant à elle entraîner diverses interactions liées à l'activité de plaisance associée ou à l'embarcation :

  • L’érosion mécanique des fonds rocheux et des herbiers dues aux mouillages forains.
  • La pollution par les hydrocarbures.
  • Le rejet de déchets organiques.

Ces derniers ont une conséquence directe sur les espèces vivant au sein d’habitats souvent remarquables

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